Pouvez-vous reconnaitre un leader narcissique quand vous en voyez un ? Ce troisième article porte sur le thème « Surmonter le côté sombre du leadership ». Les leaders narcissiques présentent différentes combinaisons allant d’une intense ambition aux fabulations grandioses en passant par des sentiments d’infériorité ou dépendent de l’admiration et l’acclamation provenant de leurs pairs. »  C’est un fait bien connu que les leaders narcissiques ont un ego démesuré et ils aiment croire que le monde tourne autour d’eux. Ils utilisent les autres pour les aider à toujours « bien paraître ». Après tout, ils sont convaincus que sans leur leadership, l’organisation ou l’église qu’ils dirigent n’atteindra jamais son plein potentiel. Se sentant indispensables, ils s’auto promeuvent et exploitent les autres en prenant avantage d’eux pour combler leurs propres désirs ou idées de grandeur.  Cependant, malgré une volonté extraordinaire pour réaliser quelque chose de significatif, leur insatiable ambition est rarement satisfaite. J’ai rencontré de tels leaders autant dans ma carrière civile que militaire. Derrière l’aura des leaders narcissiques se tapit un égocentrisme et une incertitude mués par de profonds sentiments d’infériorité.

Pour ceux de ma génération, vous vous souviendrez de Jim Bakker, le télé-évangéliste nord-américain qui définitivement avait des symptômes de ce trouble de la personnalité. Je me souviens avoir visité, il y a plusieurs années, le grandiose domaine d’Heritage USA.  Sur le site nous retrouvions l’Heritage Grand Hotel de 501 chambres,  un centre d’achat, l’église, un site de camping de 400 places, le Jerusalem amphithéâtre, un centre de congrès, une patinoire, les services de prières et de conseils, un service de cablo-diffusion et des studios de productions, une école biblique et d’évangélisation, des maisons pour retraités, pour le personnel et les bénévoles et d’autres pour louer en plus d’un le parc aquatique et d’attractions Heritage. Ses visions de grandeur pour bâtir Heritage Village étaient le produit d’un profond sentiment d’infériorité et d’insuffisance.  Ayant grandi dans une église charismatique qui avait pour mentalité que « vous gardez vos pasteurs humbles en les gardant pauvres », il a tout fait pour se prouver à lui-même et aux autres qu’il était quelqu’un d’important et digne de respect; motivé par ces sentiments, il avait développé une volonté ferme d’y parvenir. McIntosh dit de lui: « Son besoin psychologique d’atteindre la renommée était si profondément enraciné qu’il était prêt à tout pour obtenir l’approbation et la reconnaissance après laquelle il aspirait tant. »

Le roi Salomon dans la Bible est également un exemple classique du leader narcissique. Quand il devint roi d’Israël, il était jeune et inexpérimenté dans l’art de diriger un pays. De plus, il devait son accession au trône à sa mère Bathsheba et Nathan le prophète qui conspirèrent pour l’usurper à son frère ainé Adonija. Nous avons donc un jeune monarque inexpérimenté, placé sur le trône par fourberie et qui de surcroit, doit marcher dans les traces de l’inégalable roi David. Un sentiment d’infériorité doublé d’une puissante motivation dans le cœur du jeune roi qui veut se faire un nom pour lui-même tout en prouvant sa valeur sont les éléments de base qui nourrissent le côté sombre d’un leader.

Quand vous lisez Ecclésiaste 2 : 4-8, il est facile de voir que tous ses efforts étaient focalisés sur « lui-même ». Obsédé par lui-même, il se créa « une image » qui serait encore plus grande que celle de son père légendaire. Pour réaliser ses visions de grandeurs, il imposa au peuple des taxes jusqu’à l’extrême. Ce faisant, il a démontré que lorsque l’image est tout ce qui compte, aucun prix n’est trop élevé pour atteindre l’objectif qu’on s’est fixé, en particulier quand ce sont les autres qui en font les frais.

Combien d’organisations et d’églises ont été détruites par des leaders qui les ont embarquées dans des projets grandioses qui allaient bien au-delà de leurs moyens tout simplement parce que ces derniers avaient besoin d’une plate-forme pour se « prouver » qu’ils étaient des leaders de grande influence.  McIntosh nous fait réfléchir en disant: « Parce que le ministère fournit la justification que les visions grandioses et les projets risqués sont nécessaires pour accomplir le travail du royaume de Dieu, l’église et les organisations chrétiennes sont des terrains attrayants pour ceux qui ont la graine du narcissisme. Tragiquement, les personnes qui suivent ces leaders narcissiques pensent que toute cette activité est faite pour Dieu ; donc, ils se sentent mal à l’aise de contester ou de confronter ces leaders. »

Bref, comment reconnaître si vous êtes un leader narcissique? Un de ses traits particuliers c’est qu’il vit dans un état de déni et d’autojustification. Il peut donc être difficile pour eux de s’analyser en lisant ce blogue ; par contre, les gens qui travaillent avec eux le savent déjà. Voici quelques indices qui caractérisent le leader narcissique:

  • Je suis obsédé par l’idée de savoir comment les autres évaluent ma performance.
  • Je trouve difficile de recevoir des critiques peu importe leur nature et j’y réagis avec colère, anxiété ou même par la dépression.
  • En dépit de la réalisation de ce que d’autres considéreraient un succès significatif, je suis toujours insatisfait et pour mieux me sentir, je suis poussé par une forte volonté d’en accomplir toujours davantage.
  • Je suis prêt à contourner les règles et me tenir à la limite d’un comportement acceptable pour atteindre mes objectifs.
  • J’ai besoin d’être reconnu et me voir « au-dessus » de mes collègues, dirigeants ou associés lorsque nous nous rencontrons.
  • Je me vois, quelque part dans le futur, comme une figure de proue à l’échelle nationale et j’élabore des plans pour atteindre cette position.

La semaine prochaine, je partagerai avec vous les caractéristiques d’un leader paranoïaque.

Référence: Overcoming the Dark Side of Leadership, Gary L McIntosh and Samuel D Rima, 2007

Share This